À propos

  • Le tango Argentin

 

Le tango Argentin est un genre musical et une danse sociale d’origine argentine et uruguayenne qui se danse à deux : un guideur (traditionnellement l’homme) guide sa partenaire qui suit, sans chercher à deviner les pas.

 

Une musique

« Comme forme rythmique, il désigne le plus souvent une mesure à deux ou quatre temps plutôt marquée, mais avec un vaste éventail de tempos et de styles rythmiques très différents selon les époques et les orchestres. »[1]

À ses débuts vers la fin du XIXe siècle, les instruments étaient assez divers, mais pouvaient compter une guitare, un violon, une flûte et des tambours traditionnels du candombe Afro-argentin. Plus tard, un orchestre de tango typique comprenait un sextet composé d’un piano, d’une contrebasse, de deux violons et surtout de deux bandonéons. Mais on a aussi vu des orchestres de 30 musiciens.

Le bandonéon, d’origine allemande, est devenu l’instrument typique du tango. C’est un instrument à vent qui ressemble à un accordéon. C’est un petit orgue portatif au son plaintif.

Le tango comme genre musical englobe trois formes musicales : tangos, milongas et valses ; la milonga étant plus enjouée et généralement plus rapide que le tango, et la valse est une mesure à trois temps.

 

Une danse

« Le tango est une danse d’improvisation, au sens où les pas ne sont pas décidés à l’avance pour être répétés séquentiellement, mais où les deux partenaires marchent ensemble vers une direction impromptue à chaque instant, en fonction de la musique, et de l’espace libre sur la piste. »[2]

« Bien qu’il soit une danse d’improvisation, le tango et la milonga au fil de leur histoire sont devenus des danses très structurées. »[3] Ils comportent des éléments techniques qui portent des noms : gancho, boleo, lapiz, ochos, barrida, colgada, volcada, etc., qui « sont autant d’éléments techniques qui peuvent être mélangés au gré de l’imagination des danseurs. »[4]

« Le partenaire qui guide (traditionnellement l’homme), ne guide pas littéralement avec les bras, ni avec les mains, mais avec le buste, avec le poids du corps. »[5]

L’abrazo est la manière de se prendre dans les bras, l’étreinte. Cette étreinte peut être ouverte ou fermée. Dans la position fermée, ou rapprochée, les bustes se touchent.

Si la marche est très importante en tango, les tours (giros) le sont tout autant. Une séquence de tour pour la personne guidée se compose des pas suivants : avant, côté, arrière, côté, devant.

En plus des éléments techniques et les figures, les partenaires, surtout la guidée, peuvent faire des embellissements, ou adornos, qui sont des décorations qui s’ajoutent à la danse.

 

Origines du tango

Le tango nait sur les rives du Rio de la Plata, cette immense baie qui sépare l’Argentine de l’Uruguay, avant de se jeter dans l’océan Atlantique. Plus précisément, il apparaît dans les faubourgs de Buenos Aires (Argentine) et de Montevideo (Uruguay), pendant le dernier quart du XIXe siècle.

« L’étymologie du mot reste aujourd’hui encore incertaine, les historiens proposant de nombreuses et diverse origines locales ou africaines. »[6]

C’est justement dans le dernier quart du XIXe siècle que débute une forte immigration européenne, et « le port de Buenos Aires voit débarquer plusieurs millions d’immigrants, surtout italiens (…) et espagnols, mais aussi allemands, français, juifs de l’Europe de l’Est, etc. »[7]

Ces immigrants européens vont se mélanger, dans les faubourgs de la ville, à une population locale miséreuse formée de deux communautés : « celle des anciens paysans et gauchos (gardiens de bétail) qui ont quitté la pampa (campagne argentine), descendants des populations indigènes d’origines amérindienne ou issues des anciens colonisateurs espagnols, et celle des noirs, mulâtres et créoles descendants eux des anciens esclaves importés le siècle précédent d’Afrique noire. (…). »[8]

De ce mélange, on danse des pas de danse du monde entier, notamment la habanera cubaine, la contradanza espagnole, des danses et des chansons du sud de l’Italie, la polka, les danses traditionnelles tziganes et yiddish, et même la valse viennoise.[9] Du continent africain vient le candombe, rythmé par le son des tambours des noirs.

« S’élabore ainsi, entre 1870 et 1890, une nouvelle danse populaire métissée spécifiquement argentino-uruguayenne : la milonga, qui donnera naissance vers 1890-1900 au tango argentin. »[10]

Ainsi, « le petit peuple des exclus et des miséreux en tous genres se retrouve dans cette nouvelle culture tango qui unifie leur diversité. »[11]

C’est dans les faubourgs et les zones mal famées du port de Buenos Aires que nait le tango. Le soir les hommes se rendent dans ces secteurs où « ils passent la nuit à boire, à frimer et à danser avec les filles de joie au son de vieux pianos déglingués ou de petits orchestres improvisés avec piano, violon et guitare. C’est dans ces lieux de débauche que nait le tango argentin dansé, à la fois mélange des pas du canyenge et de nouvelles figures chorégraphiques (…) évoquant le plus souvent la séduction (…). »[12]

C’est aussi par le tango qu’ils expriment leurs sentiments d’exil et de nostalgie, leurs peines de cœur et leurs désirs inassouvis.[13]

Issu d’un mélange de populations locales et d’immigration européenne, le tango en vient à s’exporter dans le Vieux continent. « (…) des producteurs de disques et quelques musiciens de la génération dite de 1910 viennent à Paris pour faire graver les premiers enregistrements du tango. De jeunes bourgeois argentins en voyage à Paris font également connaître cette nouvelle danse dans les milieux parisiens cosmopolites avides de culture exotique et de sensualité latine. (…) Une véritable tangomania s’empare bientôt de toute l’Europe, »[14] pour s’installer dans les cabarets et les bordels des ports européens.

C’est aussi au début du XXe siècle que se forment les orchestres typiques dits de la Guardia Vieja (Vieille Garde), qui « vont codifier la musique et la danse et se faire gardiens de la tradition. »[15]

Alors que le tango triomphe dans les faubourgs de Buenos Aires, les orchestres de la Guardia Vieja se font précurseurs d’un rythme musical plus lent (de 2/4 on passera à 4/8), qui va se poursuivre jusque dans les années 1930. C’est l’époque de Julio de Caro et du bandonéoniste Pedro Laurenz; puis de Juan D’Arienzo, qui privilégie le rythme par rapport à la mélodie, et Rodolfo Biagi qui crée un modèle plus rapide.

De 1940 à 1955 c’est l’âge d’or du tango « Le temps et le rythme des tangos joués (…) se réaccélère un peu (…) et se diversifie considérablement. Parmi les chefs d’orchestres les plus populaires de l’âge d’or, Anibal Troilo et Osvaldo Pugliese sont unanimement appréciés par les danseurs. »[16]

De 1955 aux années 1980, le tango connaît un certain déclin, en raison de l’influence des nouvelles musiques sur la jeunesse argentine : le rock’n roll, les Beatles, le jazz et les mouvements enjoués du swing. Et aussi en raison de l’apparition de trois décennies de violences et d’instabilités politiques, notamment les coups d’États militaires.

« Juste après la fin de la dictature en Argentine, le spectacle Tango Argentino est présenté en 1983 (…) à Paris (…). Une tournée européenne s’ensuit. Avec ce spectacle, de nombreux européens, notamment des danseurs contemporains, se rendent compte que le tango est autre chose qu’une simple danse musette. Renouant avec le Rio de la Plata, en voyageant à Buenos Aires ou en invitant des danseurs argentins, ils commencent à apprendre cette danse d’improvisation et à l’enseigner, avec un succès progressif. Cela va stimuler progressivement le tango à Buenos Aires, et le faire renaître de ces cendres. Si, au début des années 1990 rares sont les jeunes dans les milongas de Buenos Aires à le pratiquer, dix ans plus tard c’est l’explosion. »[17] Et on le danse maintenant sur tous les continents.

Pour ce qui est de la musique, le tango s’affranchit et se libère : après le Tango Nuevo d’Astor Piazzolla, qui présente un tango complexe et varié, plus difficile à danser, voici maintenant le tango electronico de Gotan Project ou Otros Aires. Parmi d’autres orchestres d’aujourd’hui qui réinterprètent les anciens tangos, notons Fervor de Buenos Aires, un tango très lent, ou au contraire El Arranque qui offre un tango varié et dynamique.

« Côté danse, les interprètes se professionnalisent, puisent quelques pas ou mouvements dans d’autres danses, ou s’essayent à des exécutions plus acrobatiques, plus spectaculaires. »[18]

 

Au Québec

Plus près de nous, le tango Argentin a aussi conquis l’Amérique du Nord, et les partenaires enlacés semblent flotter sur les pistes de danse de New York, Chicago, Denver, San Francisco ou Montréal.

En effet, Montréal est l’une des plaques tournantes du tango argentin en Amérique du Nord. On y trouve plusieurs écoles de danse et on peut y danser presque tous les soirs de la semaine. La communauté de tango dans cette ville se compte en milliers. De plus, on y présente quelques festivals où on peut apprendre les plus récentes figures par des maîtres argentins de passage.

Le tango a aussi atteint la ville de Québec, qui compte quelques écoles et bars de tango. Mais on constate sa présence aussi à Sherbrooke, Trois-Rivières, Longueuil, Saint-Bruno, et même plus au Nord à Chicoutimi. La région du Saguenay a déjà compté son propre festival annuel, en octobre à Saint-Fulgence, organisé par un groupe de musique de tango local, Guardia Nueva, qui offre un tango renouvelé au son du vibraphone.

 

- Petit lexique de tango argentin

 

Un danseur/ une danseuse de tango s’appelle / : un(e) tanguero(a)

  • l’abrazo / : l’étreinte, enlacement (ouvert ou fermé)
  • les adornos / : décorations, dentelles
  • le balanceo / : bercement
  • les barridas / : balayages
  • les boleos / : battements de jambe (comme la lanière d’un fouet)
  • la calecita / : chandelle
  • la caminata / : marche
  • les colgadas / : suspensions (mouvements hors axe)
  • le cuadrado / : carré
  • les ganchos / : crochets de jambe
  • les giros / : tours
  • le lapiz / : crayon
  • les ochos / : huits
  • la parada / : arrêt
  • le planeo / : (planer?)
  • les sacadas / : pas chassés
  • les trabas / : entraves
  • les volcadas / : (inclinaisons, penchés dynamiques – mouvements hors axe)

 

Remarque : la milonga c’est :

- un style musical généralement plus rapide que le tango

- une soirée de tango

- l’endroit où on danse le tango.

 

Bonne danse! Ché! (salut!)

Dominique Tremblay

 

 

 


[1] Wikipédia : Tango (musique)

 

[2] Wikipédia : Technique du tango rioplatense

 

[3] Wikipédia : Tango (danse)

 

[4] Ibid.

 

[5] Ibid.

 

[6] Noël Blondin, « Brève histoire du tango argentin », site : https://tango-argentin.com/histoire-du-tango.php

 

[7] Ibid.

 

[8] Ibid.

 

[9] Ibid.

 

[10] Ibid.

 

[11] Ibid.

 

[12] Ibid.

 

[13] Ibid.

 

[14] Ibid.

 

[15] Nathalie Moller, « Le tango : histoire d’une danse et d’une musique », site : www.francemusique.fr

 

[16] Wikipédia : Tango (danse)

 

[17] Ibid.

 

[18] Nathalie Moller, citée plus haut (Op.cit.)